Chantier enfance irrégulière
(...)« En réaction à l’expertise de l’Inserm, les 200 000 signataires de l’appel « Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans » dénoncent une déviation prédictive de la prévention et s’élèvent contre les risques de dérives des pratiques de soins, notamment psychiques, à des fins normatives et de contrôle social.
(...) Depuis les rapports Bénisti, Inserm, Varinard, les peines planchers, les policiers à l’école, les enfants en garde-à-vue pour vol de vélo, etc., l’inquiétude devant l’actualité va croissant quant au traitement des irrégularités de l’enfance, stigmatisée, surveillée, jugée, enfermée. La tentation scientiste et le parti pris sécuritaire qui sous-tendent les nouvelles législations réduisent l’enfance au risque ou au danger qu’elle porte ou qu’elle encourt (...)
Concrètement, aujourd’hui, que fabriquent ces discours qui méritent un peu d’attention ? Ils érigent en place de vérité des approches déterministes faisant du moindre geste, comme des moindres bêtises d’enfant, le signe d’une pathologie qu’il convient de neutraliser au plus vite ; ils promeuvent des thèses favorables à l’origine biologique des comportements humains dit déviants pour justifier fichiers et traitements ; ils privilégient l’isolement plutôt que l’accueil, la surveillance plutôt que l’accompagnement, la réponse répressive plutôt qu’éducative, ou prétendent que la seconde vient nécessairement avec la première. Étrange époque que celle qui peut compter par millions les petits consommateurs de Ritaline, de Concerta, ou de molécule voisine transformant les enfants agités en sages à l’école et les petits frondeurs distraits ou bavards en disciplinés, étrange époque que celle qui cherche à effacer les « symptômes » avec n’importe laquelle de ces drogues que Freud nommait Sorgenbrecher (briseurs de soucis).(...) »
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